L’alpage de Bouzerou, situé sur les hauts de Grône, vivra le temps de la désalpe le samedi 11 septembre dès 11h à Loye. En plus du défilé des vaches, il sera possible d’acheter le fromage de l’alpage.
Après quelques semaines, les Ars, un alpage situé au fond du val Ferret, s’est retrouvé sans maître-berger. Ludovic Michellod, qui amène ses bêtes aux Ars depuis trois ans, a pris le relais. « C’est intéressant, parce que je peux suivre mes bêtes », déclare le maître des lieux qui ne cache pas son plaisir de se retrouver à l’alpage. « Je suis passionné par la race d’Hérens. Ici, je suis autonome. Il y a des contraintes, bien sûr, mais j’aime cette vie… et puis, je profite d’une belle vallée. » Cet habitant de Praz-de-Fort est très attaché à sa vallée. « Nous sommes plusieurs jeunes éleveurs dans la région à partager la passion de l’Hérens. »
« Je viens à l’alpage parce qu’il y a des Hérens et que j’aime les voir lutter. Je ne viendrais pas pour aller en champ des blanches », même si aux Ars, il y a 78 bêtes, dont 17 blanches. D’ailleurs, Ludovic passe plus de temps dehors avec les blanches qu’avec les Hérens. Les laitières sont sorties plus tôt en fin d’après-midi que les Hérens, parce qu’elles ont besoin de plus de temps pour se garnir la panse.
Si Ludovic est un jeune berger, il a 27 ans, le fromager est beaucoup plus âgé. Proche de la retraite, Denis Clerc vient de France, de Salins-les-Bains plus précisément. Fromager de métier, il a bifurqué pour celui de chauffeur pendant de nombreuses années, avant de se replonger dans le monde du lait. Il a notamment travaillé à l’alpage de Serin avant de venir aux Ars. « Comme fromager, le matin, je sais où je dors le soir, contrairement aux chauffeurs. Quand on aime la montagne, on se fait bien à l’alpage. » Ancien confectionneur de Comté et d’Emmental français, Denis est facilement passé au raclette valaisan. « Avant de venir en Valais, j’ai pris contact avec l’école de laiterie qui m’avait formé. On m’a donné ce que je devais savoir. » Un fromager du cru l’a également conseiller les deux premiers jours. En juillet, il a fabriqué six fromages et seize tommes par jour. « Des tommes, on en vend plus qu’on en fabrique », rigole-t-il, tout en se moquant gentiment sur la faible production des Hérens…
Jean-Yves Gabbud
Il est monté à l’alpage pour la première fois à l’âge de neuf ans. C’était en 1963. Depuis, Charly Darbellay d’Euseigne a passé tous ses étés sur l’Alpe au milieu des troupeaux. Depuis 1975, il est fidèle à la race d’Hérens. Pourquoi avoir commencé si tôt ? « Quand il y avait besoin de bras, les responsables de l’alpage demandaient d’abord aux familles qui avaient du bétail. » Et il a dit oui.
Après être passé par le val Ferret, Mandelon, Rouaz, et bien d’autres, il travaille depuis huit ans à l’alpage de la Chaux, sur les hauts du village de Sarreyer, sur les pistes de ski de Verbier. De tous ces alpages, c’est la Chaux qu’il préfère. « Le domaine est assez vaste pour pâturer. Ici, il y a de la place », déclare le maître berger, qui ne compte pas mettre un terme à ses activités estivales : « Pour moi, ce n’est pas possible de faire autrement. Je ne sais pas si je pourrais faire autre chose durant l’été. »
Charly a transmis son virus à son fils, Thierry qui monte à l’alpage avec son père, le temps des vacances scolaires, depuis une décennie, alors qu’il n’a que 17 ans. Le fils apprécie cette vie. « Depuis que je suis tout petit, je suis avec des vaches. J’aime ça. Et l’été, on est mieux ici à l’alpage qu’en bas où il faut supporter les 35 degrés à l’ombre. J’aime venir à l’alpage. Il n’y a jamais de monotonie. Il y a toujours quelque chose qui se passe. » Thierry suit les cours de l’Ecole de commerce. Et ensuite ? « Je ne sais pas encore, mais je ne travaillerais certainement pas avec des animaux. »
La vie dans les alpages a bien changé depuis que Charly y monte. « La première année, je dormais sur la paille. Maintenant à la Chaux, nous avons des chambres avec douche. » Le confort n’est qu’un aspect du changement. La traite est devenue mécanique et, surtout, les parcs électriques sont apparus. « Je dirais que j’en ai eu depuis le début des années 1970. Ils ont changé la vie. »
Quand Charly redescendra de la Chaux cet automne, il ne quittera pas toutes les bêtes. Il se retrouvera avec celles qui lui appartiennent : deux vaches, un génisson et un veau. « Je les garde pour le plaisir. Pour passer le temps l’hiver. »
Quelque 28 000 litres de lait produits l’an passé à l’alpage du Tronc. Un lait 100% Hérens. « Le contrat qui nous lie à l’alpage oblige à n’avoir que des Hérens. Pour produire suffisamment de lait, nous essayons d’avoir entre 60 et 65 vaches trayantes. Comme plusieurs alpants vivent de ça, c’est plus facile», explique Virginie Sauthier, la gérante de l’alpage situé sur les hauts de la commune de Vollèges.
Les locataires achètent le lait aux éleveurs et commercialisent le fromage. Une grande partie se vend sur place. « Des acheteurs viennent réserver leurs pièces pour être sûrs d’en avoir ». Le solde est vendu lors de la désalpe de Sembrancher et à la fête de la châtaigne de Fully. Si la production laitière est favorisée, les performances des lutteuses ne sont pas oubliées pour autant. Le classement de l’alpage est régulièrement remis à jour sur le site internet (www.alpage-du-tronc.ch)
« L’alpage c’est un plus pour le salaire familial. Sinon, je serais obligée de prendre un emploi », note Virginie. Son mari, Sébastien, monte aussi à l’alpage, le soir, pour donner un coup de main et y passer la nuit, en compagnie de sa femme, enceinte, et de son fils Pierre, âgé de deux ans et demi. La journée, il descend à Vollèges pour s’occuper de l’exploitation familiale avec deux apprentis. Une fois les vaches alpées, le seigle et l’orge occupent ses bras dans la vallée.
La journée, l’alpage est essentiellement en mains féminines. Les 86 bêtes sont prises en charge par une bergère et un berger, alors que le lait est transformé par une fromagère. Tous les employés sont suisses. « C’est moins de paperasse et on se comprend », apprécie Virginie.
Le couple Sauthier en est à sa troisième saison au Tronc. Les époux sont jeunes. Ils n’ont que 26 ans pour lui et 25 ans pour elle. « La première année, ce n’était pas évident », reconnaît la gérante. Entre la gestion du personnel, de la buvette et du bétail, le travail est varié. Aux yeux de Virginie, le plus difficile est d’avoir une exploitation à mener tous les jours. « Mais je préfère être ici, en ayant mon enfant avec moi et ne pas avoir besoin d’aller travailler ailleurs. » Pour elle, l’alpage c’est un job comme un autre, mais en mieux.
Les meilleurs moments de la finale cantonale 2010 seront diffusés sur TSR2 le 1er août à 18h.
« Mon mari est à fond dans les vaches. Il a lu une annonce dans le Nouvelliste disant que l’alpage du Lein cherchait un gérant et il a répondu », raconte Caroline Perréard. C’est comme ça que l’aventure a débuté, voici cinq ans. Au moment de prendre en mains l’alpage, le couple est jeune. A l’époque, Loïc a 20 ans, Caroline 19.
Depuis, ils se sont mariés et ont eu une petite fille, qui passe l’été à l’alpage avec eux. « La petite a de la chance. Ici, elles se trouvent avec des vaches, des cochons, des poules, des lapins », estime Loïc. « Nous habitons à l’alpage depuis le début mai jusqu’à la fin septembre. »
« La première année a été difficile. On ne s’attendait pas à avoir autant de travail. On n’était pas assez nombreux », raconte Caroline. Le travail est conséquent. Il faut gérer l’alpage, mais aussi la buvette un lieu stratégique non seulement pour l’aspect restauration, mais aussi parce que 80% de la production de l’alpage est vendu sur place.
Aujourd’hui, trois personnes travaillent à la buvette et quatre prennent en charge du bétail et de la fromagerie. Le côté bétail occupe trois Polonais. « Le premier est là depuis cinq ans aussi. C’est un ami. Son frère l’a rejoint l’année suivante avec sa femme. Nous fonctionnons un peu comme une famille », précise Caroline.
La vraie famille des Perréard est aussi très impliquée. Les parents se relayent le week-end pour aider à la buvette. « Mon père », déclare Loïc, « s’occupe aussi de toute la comptabilité et il fait les commandes pour la buvette. Nous avons de la chance de pouvoir être aidé comme ça.»
L’alpage du Lein compte deux troupeaux séparés, l’un composé de 94 Hérens et l’autre de 23 blanches. L’an passé, ces bêtes ont produit 58 000 litres de lait. Les Perréard achètent ce lait aux alpants. Pour compléter, ils ont également acquis 10 000 litres à la laiterie de Vollèges. Cet or blanc a permis de confectionner 1200 pièces de fromage et plus de 2000 tommes. Les quatre premières années, Loïc a joué le rôle de fromager. Cette année, il a choisi de s’occuper des vaches.
« On aime bien cette vie », confie Caroline, « c’est génial de pouvoir être tout le temps en famille, même si ce n’est pas toujours évident de partager les lieux 24h sur 24 avec nos employés. » Les loisirs manquent à la jeune maman. « J’aimerais pouvoir disposer de deux jours par mois, pour faire autre chose, pour aller faire une grillade par exemple. Mais, à la longue, on s’est habitué à cette vie.»
Dimanche 18 juillet, dans le cadre de la fête des Haudères, un mini-combat de reines est organisé sur le coup des 15h.
«Depuis 1996, je monte seule à l’alpage. Avant, je venais avec mes parents et mon frère. Je viens ici depuis 40 ans. Je connais tous les cailloux», raconte Rachel Matter, la gardienne de l’alpage du jeune bétail de Torrent.
En début de saison, elle se retrouve au pied du barrage de Moiry avec 156 bêtes, principalement des génisses, des génissons, mais aussi des veaux et des primipares. «J’ai toujours bien aimé les vaches. J’aime voir comment elles préparent les luttes. Par contre, l’écurie ça ne m’intéresse pas.»
ça tombe bien, parce qu’à Torrent, il n’y a pas d’écurie. Les bêtes restent dehors tout le temps, du 3 juillet au 30 septembre.
Si les belles journées ensoleillées sont agréables à l’alpage, la météo apporte son lot de difficultés. De drame parfois. «L’an passé, deux veaux ont été foudroyé, à huit mètres devant moi. Ils ont été projeté en l’air. La manche de ma veste a été brûlée. Lorsqu’il grêle, ce n’est pas facile non plus. Les grêlons font mal aux bêtes, alors elles essaient de s’échapper et elles courent. Lorsqu’il neige aussi, elles se mettent à tourner en rond.»
Rachel contrôle chacune de ses protégées. «Chaque jour, je donne du sel à chacune d’elles. Je veux avoir le contact avec chaque bête. Ainsi, je vois s’il y en a une qui a un problème et que je dois soigner.» Elle a toujours avec elle une sorte de trousse de premiers secours pour vaches.
Ce contact quotidien dure tout l’été. Quand les bêtes seront au col de Torrent, il faudra plus de deux heures à la bergère pour rejoindre le troupeau et lui donner le sel.
Même si la journée dure de 7h le matin à 21h30 environ, elle ne paraît pas longue. «Je ne vois pas le temps passer. Il y a toujours quelque chose à regarder. Il y a des luttes que je consigne dans mon carnet. Et puis, les propriétaires viennent souvent voir leurs bêtes.» Parmi eux il y a Didier de Courten, le célèbre cuisinier.
En regardant passé un chamois suité, Rachel Matter sourit. «C’est une vie agréable, mais il y a des soucis. Au début, je dors difficilement.» La journée, Rachel peut se réfugier dans sa caravane, garée à proximité du troupeau. Le soir venu, elle redescend à la maison, «mais ça m’arrive de remonter durant la nuit si les bêtes n’étaient pas calmes quand je les ai quittées.» La passion n’a pas d’heure…
« Je fais ma cinquante-sixième saison d’alpage, mais c’est ma dernière », nous disait ce week-end Augustin Chatriand. « Il y a deux ans, j’avais déjà annoncé à la « Gazette des reines » que j’arrêtais. Mais cette fois c’est vraiment terminé. » Il y a deux ans, il avait changé d’avis. « J’ai plein de copains ici et ils me font confiance. Je n’ai pas pu dire non. Mais maintenant, à 66 ans, ça devient difficile pour moi.» Il sentait ses forces diminuer… Lundi matin, alors qu’il devait se lever un peu après 3h30, son coeur a lâché.
Cette année, pour la sixième fois, celui que tous ses amis appelaient affectueusement Tintin, était maître-berger à l’alpage de l’Etoile, en dessus des Haudères. « J’ai commencé à l’alpage à dix ans. Depuis, j’y suis monté tous les étés, sans rater une saison. » Pourquoi avoir passer tant d’années avec les troupeaux? « J’aime ça. Au moment de la désalpe, je me réjouissais de remonter l’année suivante. J’aime garder les vaches, être avec le bétail. »
Au fil des ans, Tintin, qui travaillait l’hiver chez Emmaüs à Sion, a roulé sa bosse dans de nombreux alpages. Il a passé dix-huit ans à Chermontane, quinze ans à Odonnaz, sans oublier la Combyre, Sery et bien d’autres… « L’alpage que j’ai le plus aimé c’est Chermontane, parce qu’on était dehors, dans la nature et qu’on trayait à la main. »
Ce week-end, il montrait le système utilisé à l’Etoile. Après la traite, le lait du matin et celui du soir est envoyé à la laiterie des Haudères… par un pipe-line, en fait un tuyau très étroit qui amène le précieux liquide de 2190 mètres à 1450. Il lui faut vingt-cinq minutes pour effectuer le trajet. Avant d’envoyer les 360 litres de lait quotidien, les employés font passer de toutes petites éponges ayant une forme de boule dans le tuyau pour le nettoyer.
Si ce type de transport se fait rare aujourd’hui, il a connu un certain succès dans les années 1960. Les pipe-lait ont été introduits en Valais en 1956, deux ans après qu’Augustin Chariand ne commence sa carrière… aujourd’hui terminée.
Après une vie passée dans les plaines américaines, la plume de Derib va dessiner des vaches de la race d’Hérens. Le célèbre papa du petit indien Yakari et de Buddy Longway va raconter l’histoire d’une jeune fille et de sa vache. L’album s’intitulera « Tu seras reine ».
La particularité de cette BD est que ses personnages existent vraiment et que Derib les a rencontrés. Le grand-père de l’histoire, par exemple, aura les traits d’Antoine Forclaz, l’homme qui vit toute l’année dans les mayens de Cotter et dont Andrée Fauchère a déjà raconté la vie dans « Cotter – 2057 mètres. Au Mayen d’Antoine ». L’héroïne animale existe aussi. Elle s’appelle « Violette ». Derib l’a déjà dessinée, avec la justesse de celui qui a compris ce qui fait l’âme de la race d’Hérens. « Je suis plus un peintre animalier qu’un auteur de BD », déclare le créateur de Petit Tonnerre.
« Pour la première fois, je créerais ma BD directement à l’endroit où l’histoire se déroule », poursuit Derib. L’histoire se passera dans la région d’Evolène. Le choix des lieux n’est pas innocent du tout. S’il vit aujourd’hui à la Tourz de Peilz, il a de profondes attaches dans la région d’Evolène. « Je suis presque né ici. Quand j’avais deux mois, mes parents m’ont amené à la Forclaz. J’ai vécu à Bréonna, au lieu-dit Petit-Paradis et qui en était vraiment un. C’est mon père (ndlr. le peintre François de Ribeaupierre) qui avait bricolé les lieux. Mes cinq premières années de vie sont purement valaisannes. Je suis marqué par le Valais et par les vaches de la race d’Hérens. Avec cette histoire, je boucle la boucle, car je dessinerais une partie de mon enfance.» C’est ici aussi qu’il a eu son premier contact avec la gent équine. « Mon premier cheval était un mulet. Je l’ai rencontré quant je ne marchais pas encore. Je lui caressais les naseaux. C’était doux. Le mulet a été important dans ma vie. A l’époque, il n’y avait pas de chevaux dans la région, ni d’ânes. Il n’y avait que des mulets et des vaches. »
Derib, de son vrai nom Claude de Ribeaupierre, va commencer à dessiner en novembre ou décembre de cette année et il espère que « Tu sera reine » puisse paraître à la mi-2012 et qu’elle soit ainsi prête pour la Rencontre du livre de montagne d’Arolla.
Derib veut faire de cette BD un hymne au Valais. « J’aimerais qu’il devienne un livre pour écoliers. » Un peu comme « Jo », sa BD consacrée à la prévention du sida ou « Pour toi Sandra », consacrée à la prévention de la prostitution… mais cette fois dans un univers beaucoup plus gai. « Je veux rendre les Valaisans fiers de leur canton. » Il a déjà prévu que l’histoire sera traduite en patois, patois d’Evolène évidemment, par Gisèle Pannatier.